Auteur : Frédéric Picotte

  • Top 7 des articles sur Docs d’urgence en 2015

    Top 7 des articles sur Docs d’urgence en 2015

    Déjà un an s’est écoulé depuis la création du groupe Docs d’urgence. En commençant 2016, voici un récapitulatif des 7 articles les plus consultés par vous depuis l’ouverture de la page. On dit souvent que la répétition est une méthode d’apprentissage efficace. Je vous invite donc à lire ou à relire ces quelques résumés. Vous trouverez entre parenthèses, après chaque lien, le nombre d’internautes qui ont parcouru l’article depuis la parution.

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    Mon but premier en créant Docs d’urgence était de diffuser rapidement et efficacement des articles de données probantes ayant le potentiel de changer la pratique, pour que chacun se fasse ensuite sa propre idée sur le sujet. Je suis enchanté de voir que plusieurs professionnels de la santé qui travaillent à l’urgence ou en lien direct avec les soins aigus consultent ces articles. À mon œil, de partager entre nous le savoir basé sur des données probantes ne peut qu’améliorer les soins donnés aux patients, ou à tout le moins, stimuler des échanges constructifs entre collègues, en interdisciplinarité. Bonne année 2016 et merci de votre intérêt !

    Frédéric Picotte, MD

    Liens vers les articles les plus consultés :

    7) Trop oxygène dans les STEMI nuit au patient ! Viser oxygène « normale », ie saturation de 94%.
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1125447894138918
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    6) Le fameux patient étourdi – algorithme personnel d’une approche à l’urgence pour le patient étourdi, incluant liens vidéos et explications de l’examen HINTS pour éliminer l’AVC central (un sujet que j’aborde régulièrement avec les résidents).
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1190021064348267:0
    (11 337 people reached)

    5) Patient en FA rapide : diltiazem IV (Cardizem) plus efficace que metoprolol IV(Lopressor), avec NNT 2 pour fréquence en bas de 100. Cette étude a corroboré mon expérience clinique.
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1203824429634597
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    4) Les nouveaux guides de pratique de l’ACLS 2015 ! Vous trouverez dans ce résumé des tableaux récapitulatifs des principaux changements, créés par Boring EM. Comme l’ACLS est la base des soins aigus, je vous invite à consulter ce lien, surtout si vous n’étiez pas au courant que les nouveaux guides de pratique sont sortis cette année.
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1209773602373013
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    3) La fameuse bronchite et les antibiotiques qui ont peu bien peu à offrir, pour le patient en bonne santé. Et oui, la bronchite dure plus longtemps qu’on le pense, avec ou sans antibiotiques… Le bénéfice des antibiotiques est remis en question dans cette méta-analyse Cochrane parue en 2014. Ce fut l’une des premières parutions de Doc d’urgence, le 3 janvier 2015. J’en suis très content, puisque de partager ces données à grande échelle contribue aussi à l’éducation de nos patients, les premiers qui bénéficieront d’une utilisation plus restreinte des antibiotiques, lorsqu’ils sont peu utiles, voire délétères.https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1026032057413836
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    2) Nouvelle méthode « vagale » pour terminer les tachycardies supra-ventriculaires :
    https://www.facebook.com/docsdurgence/photos/a.1044110245606017.1073741828.1021391804544528/1152506968099677/?type=3&theater
    (23 589 people reached)
    Cependant, en termes de qualité d’étude, je vous inviterais plutôt à consulter le résumé de l’étude REVERT ci-bas; la méthode de Valsalva modifiée décrite est prouvée efficace (NNT 3.8) pour terminer TSV versus la méthode de Valsalva traditionnelle. En plus, le patient peut répéter la technique facilement à la maison lors d’une récidive. À connaître et à tenter dans vos urgences !
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1183316448352062

    1) Une autre DEG – description d’un cas de diminution de l’état général chez une dame âgée, souffrant de troubles cognitifs, avec confusion augmentée, errance, signes vitaux normaux, sans DRS ou dyspnée. L’ECG révélera un STEMI antérieur, confirmé par les tropos et l’échocardiographie au chevet. Comme quoi les DEG sont des boîtes à surprises et que l’identification du délirium dans nos salles d’urgence est une priorité.
    https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1119129531437421
    (33 072 people reached)

    Finalement, pour terminer, voici mes trois articles « coups de cœur » personnels, que je juge utile de me remémorer :

    BONUS 1: Wolff-Parkinson-White (WPW) en FA – pas un des plus populaires, mais un des concepts que je révise le plus souvent avec mes résidents en médecine familiale. Tout le monde craint de donner un béta-bloqueur / lanoxin / bloqueur des canaux calciques à un Wolff-Parkinson-White, alors que le seul risque est pour le patient souffrant d’un WPW en FA ! Saurez-vous reconnaître le WPW en FA ? Un ECG à garder en tête, avant de débuter votre Cardizem, voire même votre amiodarone.https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1096923470324694

    BONUS 2 – Quel est le temps de guérison pour la plupart des infections respiratoires chez l’enfant ? Une étude descriptive intéressante pour tout parent qui se demande quand consulter, quand « cela a assez duré »… Je retiens que le délai pour que 90 % des enfants soient guéris d’un rhume est de 15 jours (on a tendance à penser qu’un rhume dure 1 semaine, mais dans les faits, c’est plus long) et de 25 jours pour la bronchite chez l’enfant…https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1028871683796540

    BONUS 3 – Connaissez-vous la règle de PERC pour éliminer l’embolie pulmonaire chez les patients de moins de 50 ans, sans même demander de d-dimères ? Et bien, vous serez heureux d’apprendre qu’il existe une règle PERC-35, une variante plus adaptée aux patients âgés de 18-35 ans, qui permet de réduire de 32% les investigations par rapport à la règle de PERC originale. Comme on vise une économie dans les examens et qu’on déteste les d-dimères qui reviennent positifs, la connaissance des règles PERC et PERC-35 semblent un bon investissement pour tout clinicien qui fait de l’urgence.https://www.facebook.com/docsdurgence/posts/1096011827082525

  • Antibiotiques et personne âgée : interactions à risque ?

    Antibiotiques et personne âgée : interactions à risque ?

    Antibiotiques et personne âgée : interactions à risque ? Effets indésirables rares, mais loin d’être bénins!
    En mai 2013, l’azithromycine a fait jaser lorsque la FDA a émis un « Black Box » mentionnant le risque accru d’arythmie cardiaque chez les patients à risque. L’azithromycine rejoignait les autres macrolides (tel que le Biaxin) et les quinolones (comme la Cipro, l’Avelox et la Levofloxacine) au rang des médicaments pouvant entraîner un allongement du segment QT. Les cliniciens sont généralement attentifs aux effets sur le QT des antibiotiques. Mais qu’en est-il des autres interactions médicamenteuses avec les antibiotiques chez nos patients plus âgés ? Y a-t-il des combinaisons à éviter ?

    Une étude de cohorte rétrospective ontarienne publiée dans le JAMA en 2013 a révélé que la clarithromycine (Biaxin) associée à un bloqueur des canaux calciques (tel que Norvasc, Cardizem ou Isoptin) doublait le risque d’hospitalisation pour insuffisance rénale aiguë (OR 1.98) en comparaison avec un groupe de patient sous BCC et sous azithromycine. On notait aussi dans cette étude un risque plus élevé d’hospitalisation pour hypotension (OR 1.6) et même de décès pour toutes causes confondues (OR 1.74, risque absolu de 0.43%, NNH 232… donc rare, mais statistiquement et cliniquement significatif). Cet effet délétère s’expliquerait par le cytochrome P450 3A4; le Biaxin entraîne une accumulation des BCC au niveau sanguin. L’azithromycine, quant à elle, n’a pas d’effet sur le CYP3A4. Ainsi, chez nos patients âgés au sans rendez-vous ou à l’urgence, il est nécessaire de pouvoir vérifier le profil médicamenteux du patient avant de prescrire de la clarithromycine (Biaxin), afin d’éviter les risques rares mais sérieux d’hospitalisation pour hypotension, d’IRA, voire de décès.

    Sonja Gandhi et al. Calcium-Channel Blocker–Clarithromycin Drug Interactions and Acute Kidney Injury. JAMA. 2013;310(23):2544-2553.
    http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1769739

    Au niveau des interactions moins connues, une autre étude parue en 2014 dans le BMJ a attiré mon attention. Dans cette étude de cas-témoin chez une population de patients âgés, le TMP-SMX (Bactrim, Septra) a été associé à un risque plus élevé de mort subite, chez les patients qui recevaient aussi un IECA ou un ARA (antihypertenseurs), comparativement aux patients recevant de l’amoxicilline. Le risque augmentait de 38 % (OR 1.38) dans les 7 jours suivant l’exposition au TMP-SMX. Le risque absolu reste tout de même faible, soit de 3 décès subit suivant le TMP-SMX par 1000 prescriptions. À noter que la ciprofloxacine présentait elle aussi un risque plus élevé de mort subite (OR 1.29), mais pas le Macrobid. Les auteurs encourageaient donc, si possible, un choix différent d’antibiotique que le Septra chez les patients prenant aussi un IECA ou un ARA.
    Fralick M, et al. Co-trimoxazole and sudden death in patients receiving inhibitors of renin-angiotensin system: population-based study. BMJ 2014;349:g6196.

    http://www.bmj.com/content/349/bmj.g6196.long
    Quant est-il de nos patients sous coumadin ? Y a-t-il un meilleur choix d’antibiotiques ?
    C’est bien connu, les antibiotiques amplifient l’effet du coumadin et peuvent donc augmenter le risque de saignement. Dans cette étude cas-témoin de 2012, tous les antibiotiques étudiés ont été associés à une plus forte probabilité de saignement par rapport aux patients sous coumadin seul : les azoles (aOR 4.57), les macrolides (aOR 1.86), les quinolones (aOR1.69), le cotrimoxazole (aOR 2.7), les pénicillines (aOR 1.92) et les cépalosporines (aOR 2.45). Il semblerait donc que les pénicillines présentaient le meilleur profil de sécurité par rapport aux saignements dans cette étude, par rapport aux autres antibiotiques (Am J Med. 2012 February; 125(2): 183–189. doi: 10.1016/j.amjmed.2011.08.014).
    La FDA en 2008 a aussi émis un Black Box concernant le risque de tendinopathie et de rupture tendineuse avec les quinolones, la plus fréquente étant la rupture du tendon d’Achille. Ce risque était plus élevé chez les patients de plus de 60 ans. Un comité d’expert est d’ailleurs en réflexion pour la révision des indications des quinolones concernant les sinusites bactériennes aiguës, les exacerbations MPOC et les infections urinaires non-compliquées, où cette classe d’antibiotiques ne devrait être prescrite qu’en deuxième ligne ou en cas d’allergie. Il est à noter que le bénéfice des antibiotiques dans la sinusite est fortement remis en question, et pourrait même être délétère. Selon ce panel d’expert de la FDA, si un traitement est prescrit dans un contexte de sinusite sévère, un antibiotique beta-lactam comme le Clavulin devrait être privilégié.
    (cf http://www.medscape.com/viewarticle/854067#vp_1)
    Que prescrit-on alors à nos patients plus âgés ? Embêtés ??

    Assurons-nous d’abord que l’antibiotique est requis. Je pense que la population a intérêt à être éduquée sur les indications reconnues des antibiotiques, là où les bénéfices dépassent les risques. Évitons les effets indésirables des antibiotiques en ne les prescrivant pas lorsque les bénéfices sont modestes à inexistants, comme dans la plupart des sinusites et pour les bronchites chez les patients en bonne santé. Si l’antibiotique est vraiment requis, une révision attentive du profil médicamenteux du patient à la recherche de BCC, IECA, ARA, coumadin ou médicaments interagissant sur le QT pourra aider le clinicien à faire le choix le plus sécuritaire pour la personne âgée. L’amoxicilline semble présenter le meilleur ratio bénéfice/ risque dans cette population. La doxycyline pourrait être une alternative, vu l’absence d’allongement du QT et le risque moindre d’interaction médicamenteuse.

    Finalement, n’hésitons pas à prescrire les antibiotiques rapidement lorsque les bienfaits sont prouvés :
    – traiter empiriquement d’emblée toute suspicion de PID, sans attendre les résultats des tests par PRC (gono-chlam)
    – traiter dans la première heure et avec des antibiotiques IV à large spectre les patients septiques
    Que les virus et les bactéries vous épargnent,
    que la force soit avec vous,
    Frédéric Picotte
    Md de famille

    Et gardez votre DSQ ouvert !

     

  • Pire céphalée à vie et subite

    Pire céphalée à vie et subite

    Pire céphalée à vie et subite… scan cérébral lu normal en deçà de 6 heures suivant début des symptômes… PL ? Vraiment ???

    C’est un vieux débat… une question qui revient sans cesse, et avec laquelle je jongle souvent, la plupart du temps dans un contexte de migraine « différente et plus sévère qu’à l’habitude »… « Encore une PL à faire à la fin de mon chiffre ! »… Et 10-30 % des chances que le patient revienne encore plus souffrant le lendemain, avec une céphalée post-ponction lombaire. Sans parler des faux positifs, des ponctions traumatiques, qui conduisent souvent à un angio-scan cérébral et qui prolongent d’autant plus l’attente à l’urgence. Si vous êtes d’ailleurs embêtés par les PL traumatiques, je vous réfère à l’article du 13 mars 2015 (Ponction lombaire traumatique et HSA : y a-t-il un nombre «normal» de globules rouges qu’on peut tolérer?) :

    https://www.facebook.com/docsdurgence/photos/a.1044110245606017.1073741828.1021391804544528/1069959439687764/?type=3&theater
    J’avais vu passer il y a quelque temps un synopsis d’étude qui allait contre le dogme usuel et remettait en question la PL, lorsque le scan était normal et fait dans les premiers 6 heures suivant l’apparition de la céphalée. On mettait toutefois en garde la validité externe des résultats, car les scans cérébraux dans cette étude avaient été lus par des neuro-radiologistes… ce que la plupart des centres hospitaliers au Québec n’ont pas !

    Puis, j’ai assisté à l’AMUQ 2015 il y a deux semaines. Le Dr Marcel Hémond y a tenu une présentation où il a discuté d’une étude récente portant sur les scans de nouvelle génération et provenant de centres périphériques (voir Block KM et al. en bas du texte, en référence). Cette étude démontrait qu’il était possible d’exclure une HSA lorsque l’examen radiologique par tomodensitométrie était fait dans les 6 heures suivant le début de la céphalée, par un radiologiste expérimenté dans la lecture de scans cérébraux (pas exclusivement chez un neuro-radiologiste). Quelle bonne nouvelle, enfin !

    C’est un sujet controversé certes, mais on sait qu’en médecine d’urgence, la probabilité n’est jamais de 0% de toute façon ; le risque nul n’existe pas. Et malheureusement, la ponction lombaire présente aussi des risques et des limites.

    Que ferez-vous dans votre département avec votre prochain patient avec céphalée en coup de tonnerre qui présente précocement, si son scan est lu normal ? Je pense que tout est une question de risque. Le patient avec histoire classique qui compte plusieurs des critères de la règle d’Ottawa mérite peut-être quand même sa PL, ad changement officiel des guides de pratique sur le sujet ou autres données prospectives (pour règle de décision clinique de la HSA, voir https://www.ottawahospital.on.ca/…/…/ohrideadlybrainbleeding).

    Cependant, lorsque l’on veut exclure le diagnostic chez un patient à plus faible risque, je pense qu’un scan normal fait en bas de six heures soit suffisant, si vous avez un TACO de troisième génération et un radiologiste expérimenté dans la lecture de ces examens. Mais en donnés probantes, les opinions comptent pour bien peu : je vous laisse parcourir les études et vous forger votre propre opinion.

    Et en attendant, j’invite tout le personnel infirmier à aviser rapidement le médecin d’une céphalée sévère et subite, avec paroxysme en bas d’une heure, afin de diminuer les délais pour faire le scan cérébral dans les temps requis.

    En espérant ne pas vous donner de maux de tête avec tout cela,
    Bon weekend !

    Frédéric Picotte
    MD de famille

    Block KM et al. CT within 6 hours of headache onset to rule out subarachnoid hemorrhage in nonacademic hospitals. Neurology. 2015 May 12;84(19):1927-32.
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25862794
    Chris Gray et Bernard A Foëx. BET 2: does a normal CT scan within 6 h rule out subarachnoid haemorrhage? Emerg Med J 2015;32:898-899
    http://emj.bmj.com/content/32/11/898.abstract…

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  • Réparer une plaie – et vous, vous le faites comment ?

    Réparer une plaie – et vous, vous le faites comment ?

    La réparation de lacérations est l’une des techniques les plus communes de l’urgence. Pourtant, c’est probablement celle où la pratique locale varie le plus : délai de fermeture de plaie et risque d’infection ? Réparer avec des gants stériles ou non ? Providone-iodine ou chlorhexidine ou non ? Irrigation salin ou eau du robinet ? Réparation primaire ou retardée d’une lacération par morsure de chien ? Rasage ou Muco pour enlever cheveux de la plaie ? Couvrir avec des antibiotiques ou non ? Lesquels, si morsure de chat, plaie en eau douce ou en eau salée ?

    Si vous vous questionnez vous aussi sur l’une ou l’autre de ces interrogations, je vous invite cette semaine à consulter le site de FOAMCAST qui présente une belle synthèse sur le sujet:

    http://foamcast.org/2015/11/15/episode-38-lacerations/
    Je serais par ailleurs très heureux de connaître les écarts que vous noterez par rapport à la pratique dans vos milieux. En espérant le tout rafraîchissant,

    Bon weekend,

    Frédéric Picotte
    Médecin de famille

  • Les nouveaux guides de pratique de l’ACLS 2015 !

    Je suis enchanté de partager aujourd’hui une ressource qui résume la mise-à-jour de notre Bible collective : les changements de l’ACLS 2015. Je dis souvent à mes résidents qu’on peut prendre le temps de lire quelques lignes sur notre quart de travail lorsqu’un cas nous embête… les situations de l’ACLS sont l’exception ! Il faut en maîtriser le contenu de manière quasi intuitive, claire, structurée. Le site BoringEM frappe encore et nous résume en 8 fiches illustrées (en anglais) l’essentiel des changements depuis les lignes de 2010. Partagez ! Là est tout le pouvoir des médias sociaux, qui permet de réduire les échéances, d’informer massivement et rapidement les acteurs concernés.

    http://boringem.org/…/the-top-five-changes-project-2015-ah…/
    Vous trouverez le lien de téléchargement des 8 fiches au bas de l’article. Pour nos francophones puristes, voici mon résumé sommaire « maison », qui ne remplace en aucun cas l’ensemble des lignes directrices… que vous trouverez ensuite aux hyperliens tout en bas.

    Espérant que cela vous donne le goût d’aller lire plus en détails les guides de pratique formels de l’ACLS 2015 !

    Bonne semaine,

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille
    Résumé maison de quelques changements marquants de 2015 :
    – Nombre de compressions maximum par minute – viser 100-120 (qualité du massage diminue si compressions > 120)
    – Masser avec vigueur, mais pas trop profond (max 5-6 cm de dépression thoracique)
    – Administrer nalaxone par ambulanciers (intra-nasal ou IM) si respiration anormale et intox aux opiacés suspectée
    – Les premiers secouristes devraient immobiliser la colonne cervicale manuellement plutôt qu’avec un collier (une main de chaque côté de la tête ; voir la photo jointe pour explication détaillée des effets délétères possible du collier)
    – La vasopressine est « à oublier » ; par souci de simplifier les algorithmes et par manque de données concluantes sur des bénéfices cliniquement significatifs
    – L’ÉDU peut être utilisée (un moyen de plus) pour corroborer la position du tube endo-trachéal
    – Utilisation d’oxygène maximale durant la réanimation, mais titrer rapidement pour viser 94% après retour de circulation spontanée
    – L’ECMO est une alternative aux manœuvres de réanimation conventionnelles si dispo et condition réversible avec arrêt réfractaire (bonne chance en région!)
    – PALS – atropine en pré-intubation chez l’enfant non-nécessaire, à moins que nouveau-né ou si bradycardie. En retour de circulation spontanée post-arrêt chez l’enfant, viser hypothermie modérée 32-34 degrés Celsius OU simplement prévenir hyperthermie (ie viser 36-37.5), au choix du clinicien.
    – STEMI – si disponible, acheminer le patient directement au département de coro en pré-hospitalier! Sinon, thrombolyse et transfert directement en coro ensuite. Si patient avec syndrome coronarien aigu possible, les guides de pratique encourage l’utilisation du score TIMI ou de la règle de Vancouver comme suit : TIMI 0-1 ou règle de Vancouver « à bas risque » + troponine I haute sensibilité négative à 0 et 2 heures = CONGÉ (voirhttp://www.mdcalc.com/vancouver-chest-pain-rule/ pour règle de Vancouver… cette approche manque moins de 1% d’événements cardiaques majeurs à 1 mois). Limiter l’oxygène en SCA – viser 94 %, éviter de sur-oxygéner, qui pourrait être délétère
    – Patiente enceinte – éviter le « tilt » à gauche de la patiente qui nuit au massage ; déplacer plutôt manuellement l’utérus sur la gauche. Pour patiente enceinte en arrêt cardiorespiratoire avec viabilité fœtale possible (utérus autour du nombril), faire une césarienne péri-mortem après 4 minutes d’arrêt ou avant si le pronostic de la mère est futile
    – Considérer la thrombolyse ou la thrombectomie urgente si arrêt cardiorespiratoire et cause embolie pulmonaire présumée
    – Arrêt cardiaque suspect d’une cause toxico – tenter les intra-lipides ! (naloxone d’abord si intox opiacés supectée)
    – Post-arrêt chez adulte avec retour circulation spontanée – viser 32-36 degrés x 24, ie donc prévenir hyperthermie ; éviter d’utiliser des solutés refroidis en pré-hospitalier. Coro STAT recommandée pour tout patient avec arrêt de cause cardiaque possible, même en l’absence de STEMI à l’ECG
    – Considérer la donation d’organe si absence de retour de circulation spontanée.

    Voici les liens vers les guides de pratique 2015 complets originaux :

    http://circ.ahajournals.org/content/132/18_suppl_2.toc

    http://www.heartandstroke.com/…/2015_Canadian_Resuscitation…

  • Metoprolol IV (Lopressor) ou diltiazem (Cardizem)

    Metoprolol IV (Lopressor) ou diltiazem (Cardizem)

    Je partage cette semaine ce résumé d’article qui porte sur une question que je me pose fréquemment chez mes patients en FA rapide: metoprolol IV (Lopressor) ou diltiazem (Cardizem) ?

    Ça vaut la peine de lire ou d’écouter le blog en entier, mais le diltiazem a réussi à abaisser la FC en bas de 100 battements/min chez 96 % des patients versus 46% pour le metoprolol (NNT 2)…

    (voir doses utilisées dans l’étude – diltiazem 0.25 mg/kg (max de 30 mg) ou metoprolol 0.15 mg/kg (max de 10 mg) IV)

  • « Je commence un rhume!!! Y a-t-il quelque chose pour en réduire la durée ? »

    « Je commence un rhume!!! Y a-t-il quelque chose pour en réduire la durée ? »

    Avec le retour du temps froid, on voit que les salles d’attente de l’urgence se remplissent, les virus reprennent force, c’est la saison des nez rouges et des boîtes de mouchoirs. Nous avons vu l’an dernier, fin décembre, qu’il n’y avait pas de traitement miracle pour « la fameuse bronchite ». Qu’en est-il du rhume ? A-t-on un traitement quelconque qui permette d’en réduire la durée ?

    Débutant un mal de gorge, je me suis rappelé un article que j’avais vu passé dans le JAMA en avril 2014 : « Oral zinc for the common cold ». Il ne s’agit pas d’une étude originale, mais bien d’un synopsis de données probantes provenant d’une revue Cochrane.

    La conclusion de l’auteur de cet article résumé est la suivante : « Lorsqu’initié dans les 24 heures suivant le début des symptômes, le zinc oral est associé à une durée réduite du rhume chez les personnes en bonne santé. Il n’y a toutefois pas d’association entre le zinc et la sévérité des symptômes. De plus, la prévalence des effets indésirables associés est élevée. Compte tenu de l’importante hétérogénéité des données, ces résultats devraient être interprétés avec prudence. »

    L’auteur explique le mécanisme physiologique théorique sous-jacent qui aurait à voir avec l’inactivation du récepteur ICAM-1 qui permet au rhinovirus de s’attacher aux cellules nasales. En le bloquant, le zinc permet de réduire la propagation du virus.

    Selon la méta-analyse de 16 études, la durée moyenne du rhume était de 6.75 jours chez ceux qui ont pris du zinc versus 7.5 jours dans le groupe placebo (une différence de -1.04 jours [95% Cl, -2.02 à -0.05). Cependant, dans une analyse de sous-groupe chez les patients ayant consommés plus de 75 mg/jr de zinc, la durée moyenne de l’IVRS était de 4.47 jours versus 8.68 jours pour les utilisateurs de moins de 75 mg/jour : donc -3.43 jours de rhume pour le dosage de zinc plus élevé! Il faut toutefois spécifier que ce gain potentiel s’est aussi traduit par plus d’effets indésirables : 46.5% des utilisateurs de zinc ont rapporté des effets secondaires versus 36.8 % pour le placebo (number needed to harm, NNH 10). Les effets secondaires les plus communs étaient le mauvais goût (29.2% zinc versus 16.4 % pour placebo) et la nausée (22.3% zinc versus 10.6 pour placebo).

    J’ai donc tenté de retrouver des pastilles de zinc qui fondent en bouche, dans le rayon des produits naturels. J’ai mis la main sur une pastille d’Adrien Gagnon, qui contient 15 mg de zinc (nécessiterait donc 5 pastilles par jour, donc aux 3-4 heures, pour atteindre le 75 mg par jour). Malheureusement, ce losange à saveur de fruits contient aussi des produits naturels comme la vitamine C, l’échinacée, l’astragale et l’orme rouge… ce qui rend une comparaison avec nos données probantes impossible, car non-étudié. De plus, je ne peux me prononcer sur les interactions médicamenteuses et les effets indésirables de ces autres ingrédients actifs de ladite pastille, sans données probantes. Je déconseillerais donc ce traitement aux patients d’âge avancé ou atteints de maladies chroniques ou consommant plusieurs médicaments de façon régulière.

    En bref, il semblerait que 75 mg par jour de zinc en pastille débuté dès le premier jour de symptômes chez les adultes en bonne santé pourrait contrecarrer la prolifération du virus du rhume et peut-être en réduire la durée (de 1 à 3 jours). Malheureusement, comme avec la plupart des traitements, les effets secondaires sont fréquents. Il faudra donc de meilleures données, de plus grandes études, afin d’étayer davantage la sécurité et l’efficacité de ce médicament… car après tout, aussi fatigant que cela puisse l’être, on ne meurt pas d’un rhume !

    En attendant, bon lavage des mains, bonne irrigation nasale et faites-vous vacciner pour la grippe (qui elle amoche et parfois tue)!

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

    JAMA. 2014 Apr 9;311(14):1440-1.
    doi: 10.1001/jama.2014.1404.
    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24715076

  • « Docteur, j’ai un rash qui pique… et j’en développe même des ampoules !»

    « Docteur, j’ai un rash qui pique… et j’en développe même des ampoules !»

    Patiente de 82 ans avec rash maculopapulaire assez diffus, mais aussi «ampoules » nouvellement apparues. Avec prurit sévère. Pas de température, pas d’atteinte des muqueuses, bon état général sinon. Pas de contact malade ou de marche en forêt.
    Diagnostic ? Réponse:

    Le pemphigoïde bulleux est une condition dermatologique assez rare qui se présente généralement chez les patients âgés de plus de 60 ans. C’est une maladie auto-immune acquise. La présentation initiale est d’abord le prurit, puis un érythème qui évolue vers des plaques et éventuellement la formation d’ampoules, surtout au niveau des surfaces de flexion (bas ventre, cuisses, aisselles, derrière des genoux). En cas de doute, la biopsie prouvera le diagnostic. Le traitement nécessite des corticostéroïdes puissants topiques ou par voie orale.

    La patiente ci-haut était suivie en dermatologie pour cette condition. Le sevrage de la prednisone orale avait été effectué la semaine avant la présentation.

    Vous trouverez ici-bas un article provenant du JAMA sur le prurit chez la personne âgée, afin d’étoffer le diagnostic différentiel de cette plainte fréquente (et surtout lire sur les causes communes, comme la sécheresse cutanée, la gale et les causes liés aux médicaments – HCTZ, BCC – souvent méconnues…)

    Bonne semaine !!

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

    Timothy G. Berger et al. Pruritus in the Older PatientA Clinical Review. JAMA. 2013;310(22):2443-2450.
    http://jama.jamanetwork.com/article.aspx…

  • Maman, j’ai mal à la gorge !

    Maman, j’ai mal à la gorge !

    C’est l’automne – « maman, j’ai mal à la gorge ! » 2 enfants, 2 rash associés à une pharyngite. Un sur le torse et le bas-ventre… l’autre sur les mains, cuisses et le périnée. 2 diagnostics… Votre avis ?

    12079320_1193812067302500_6435585704130459979_n 12109174_1193812070635833_3098267234310444966_n

    En effet, on note d’abord sur le torse le rash finement maculo-papulaire de la scarlatine.  Sur la deuxième photo, on voit bien les lésions vésiculaires du pied-main-bouche.  Le pied-main-bouche « version 2.0 » donne des lésions beaucoup plus étendues, moins subtiles que traditionnellement, en particulier chez les patients atopiques.

  • Le fameux patient étourdi

    Le fameux patient étourdi

    Les étourdissements sont une plainte fréquente dans nos urgences, la troisième en termes de fréquence. Pour les lecteurs réguliers, vous me pardonnerez cet écrit plus long et technique… Il se veut un aide-mémoire et d’enseignement, pour les résidents à qui j’enseigne. Mon objectif cette semaine est de laisser des liens de ressources utiles, des raccourcis pour des vidéos, afin que chacun puisse prendre le temps qu’il faut pour décanter ce sujet plus « technique », surtout en ce qui a trait à l’examen physique du patient « étourdi ». L’objectif est de mieux identifier le patient étourdi constamment qui présente une cause centrale. Pour les gens en soins infirmiers ou soins ambulanciers, la section sur les éléments inquiétants « à l’histoire » sera la plus pertinente.

    Donc, pourquoi le patient « étourdi » est aussi « déséquilibrant » pour nous ? Est-ce une question de complexité ? À dire vrai, le diagnostic différentiel n’est pas vraiment plus large que celui d’une DRS ou de la dyspnée. Est-ce une peur de « manquer un diagnostic grave » ? Pourtant, on jongle avec l’incertitude de manquer une maladie « mortelle » pour bien d’autres syndromes… pensez aux lipothymies / perte de conscience, céphalées sévères, et j’en passe…

    Je pense qu’une grande partie de la réponse se trouve dans l’approche traditionnelle qui est enseignée. En fait, avec le patient étourdi, on continue de suggérer à l’étudiant de demander d’abord au malade de bien décrire ce qu’il entend par « étourdi » :

    – Est-ce un vertige, une sensation de rotation ? (cause oreille interne ou tronc cérébral / cervelet)
    – Ou une faiblesse / sensation de lipothymie, « voile noir », faiblesse subite ? (cause cardiaque ou vasovagale / réflexe / situationnelle)
    – Ou plutôt une sensation d’instabilité / perte équilibre à la marche ? (cause neuromusculaire)
    – Ou impression de tête légère, de flotter dans l’espace / hyperventilation ? (cause psychogénique)

    Selon « les mots utilisés par le patient », on procède ensuite au diagnostic différentiel. Cela est beau, raffiné, cartésien… mais le problème dans la vraie vie, c’est que le patient a souvent du mal à nous expliquer dans quel algorithme il se trouve. Quand on demande à un patient étourdi une série de questions précises sur les sensations qu’il perçoit, puis qu’on répète les mêmes questions dans un ordre différent 6 minutes plus tard, plus de 50% des patients changent de catégorie d’étourdissements selon une étude de Newman-Toker DE et al. (Mayo Clin Proc. 2007 Nov;82(11):1329-40.) En comparaison, les patients étaient capables de reporter avec clarté et consistance la durée des symptômes et les facteurs déclencheurs. Les auteurs ont donc conclu :

    “Descriptions of the quality of dizziness are unclear, inconsistent, and unreliable, casting doubt on the validity of the traditional approach to the patient with dizziness. Alternative approaches, emphasizing timing and triggers over type, should be investigated.”

    Bref, la durée et les facteurs provocateurs semblent plus utiles pour le clinicien que la qualité du symptôme, chez le patient étourdi.

    Et est-ce si surprenant ? De baser un diagnostic différentiel simplement sur la « qualité » du symptôme reporté par le patient (qui semble peu fiable par ailleurs selon l’étude de Newman-Toker) – c’est commencer avec des fondations friables… ce peut être utile parfois, mais cela ne fait pas foi de tout. De la même manière, on peut demander au patient de décrire sa DRS, mais on n’ira pas jusqu’à exclure une cause cardiaque si le patient mentionne une brûlure, ou une douleur épigastrique… on sait que la « description » de la douleur rétrosternale est un facteur parmi tant d’autres lors de l’évaluation d’un possible SCA. Les symptômes accompagnateurs, le lien à l’effort, mais aussi les facteurs de risques comptent pour bien davantage.

    Au fond, tout ce que l’urgentologue désire pour le patient étourdi, c’est d’exclure une cause grave qui présente un danger imminent pour le patient : anémie sévère, infection occulte, désordre électrolytique important, arythmie, AVC du tronc / cervelet, une intoxication médicamenteuse, un Wernicke… Sinon, il y aura toujours un bon ORL ou interniste dans les semaines à venir pour déceler les cas de Ménière, les VPPB réfractaires, les SEP et les migraines basilaires. Chez le patient « intensément étourdi », avec vertiges constants, le rôle de l’urgentologue est de ne pas manquer les AVC centraux.

    La vaste majorité des patients étourdis de manière « brève », « transitoire », aux changements de position, ne présentent pas d’ambiguïté diagnostique. Vous venez de reconnaître tout de suite le vertige positionnel paroxystique bénin, le fameux VPPB… la cause la plus commune. On pensera parfois à l’hypotension orthostatique chez ces patients, plus rare cependant. Dans le doute, l’examen du Dix-Hallpick prouvera rapidement votre première hypothèse. Le test du Dix-Hallpick est positif si :

    – le patient est asymptomatique assis
    – le patient développe un vertige avec nystagmus rotatoire une fois couché, après une latence de 5-20 secondes en moyenne
    – le vertige se résout rapidement ensuite, pour une durée totale de moins de 1 minute, avec un pattern crescendo-decrescendo

    Voici une vidéo expliquant la technique du Dix-Hallpick pour le diagnostic du VPPB :
    https://www.youtube.com/watch?v=kEM9p4EX1jk

    Que faire si le patient présente des symptômes de vertige avec le test du Dix-Hallpick, mais sans le nystagmus objectivable ? Il ne s’agit donc pas d’un test positif « classique », mais les études ont démontré que ces patients répondent de manière similaire au traitement par manœuvres de repositionnement. Ainsi, l’absence de nystagmus durant le Dix-Hallpick n’exclut pas le VBBP, si l’histoire est classique, et que le vertige reporté par le patient lors du test répond aux mêmes critères que ceux décrit ci-haut: latence, vertige transitoire, crescendo-decrescendo, fatigable (http://bestpractice.bmj.com/…/73/diagnosis/step-by-step.html).

    Il faut se rappeler qu’un patient étourdi constamment (donc où le diagnostic différentiel passe vers la neuronite vestibulaire ou un AVC central, et non un VPPB) aura une détérioration de ses vertiges avec le Dix-Hallpick, ce qui ne prouve en aucun cas une cause bénigne ! ATTENTION donc au Dix-Hallpick « positif »… Il vaut mieux ne pas faire de Dix-Hallpick au patient qui présente des vertiges constants, pour ne pas brouiller les cartes.

    La question « qui tue » : à quoi ressemble donc ce patient « étourdi », de manière constante (donc avec un syndrome vestibulaire aigu), chez qui on doit éliminer une cause centrale? Y a-t-il des éléments au questionnaire ou à l’examen pour nous aider à trancher?

    À l’histoire :
    Rend une cause centrale plus probable au questionnaire (adapté de Alexander A. Tarnutzer et al. CMAJ 2011. http://www.cmaj.ca/…/e…/2011/05/16/cmaj.100174.full.pdf+html ) :

    1) Vertiges d’apparition brusque (secondes à minutes)
    2) Épisodes de prodromes similaires dans les mois et semaines avant la présentation aigue
    3) Douleur cranio-cervicale (+ LR 3.2), surtout si douleur sévère, subite, ou persistante > 72 hr (exclure dissection)
    4) 4 D – diplopie, dysarthrie (ou voix rauque), dysphagie, drop attack (perte tonus subit)
    5) 5e D – Disproportionné – symptômes de déséquilibre à la marche ou de vomissements disproportionné par rapport à la plainte du vertige / nystagmus
    6) Âge et facteur de risque – comme avec les DRS, une probabilité plus élevée d’AVC sera rencontrée chez les patients avec multiples facteurs de risque (HTA, Diabète, DLD)
    7) ATCD de trauma récent (TCC ou cervical) – + LR 3.8 pour une dissection vertébrale

    Maintenant, ce qui est tout à fait inutile, qui n’aide pas à discriminer une neuronite vestibulaire ou labyrinthite d’une cause centrale :

    1) Types de vertige
    2) Facteurs aggravants (ex : mouvement empire symptômes… vrai pour les neuronites comme pour les AVC…les symptômes « continus » du patient seront pire avec le mouvement, peu importe si la cause est périphérique ou centrale… j’insiste encore ici sur le fait qu’un patient qui présente de simples vertiges « transitoires » aux mouvements ne fait pas partie du différentiel du syndrome vestibulaire aigu)
    3) Symptômes auditifs associés

    Poursuivons: qu’est-ce qui aide à prouver un AVC central à l’examen physique ?

    1) Anomalie à l’examen neuro, incluant ataxie, instabilité à la marche importante, instabilité assise avec bras croisés, latéropulsion, dysmétrie… suggère fortement cause centrale
    2) Examen physique « HINTS » sans anomalie – (- LR 0,02) très rassurant
    3) Head impulse normal (donc pathologique = cause centrale) – + LR 18

    Mais qu’est donc l’examen HINTS (Head Impulse, Nystagmus, Test of Skew) qui semble dans les études aussi sensible et spécifique qu’une IRM lorsque fait par des cliniciens chevronnés ?

    1) Test du Head Impulse – tourner rapidement la tête du patient dans un plan horizontal en demandant au patient de fixer votre nez. Dans le vertige d’origine périphérique comme la neuronite vestibulaire, les yeux du patient effectueront une saccade de correction, lorsque la tête du patient est rapidement tournée du côté du déficit.
    Voir la vidéo : www.youtube.com/watch?v=Wh2ojfgbC3I

    À noter qu’un test du Head Impulse sans saccade correctrice (donc normal) évoque fortement un vertige d’origine central. Et oui, un head impulse normal est PATHOLOGIQUE !!! D’où l’importance de bien sélectionner les patients avec syndrome vestibulaire aigu… en effet, si vous faites ce soir le test à votre conjoint ou conjointe asymptomatique / en bonne santé, il est normal que ce dernier ne présente pas de saccade de correction. N’allez pas à l’urgence dans ce cas en prétextant qu’il souffre d’un AVC ! Premier principe du HINTS – le faire seulement aux patients constamment étourdi, avec syndrome vestibulaire aigu, qui présentent un tableau de neuronite ou de cause centrale possible…

    Si vous trouvez qu’il est difficile de voir la saccade, Scott Weingart suggère sur son blog de filmer les yeux du patient en utilisant l’application « slow mo » :
    https://www.youtube.com/watch?v=6r5UlCVBfx4

    2) Nystagmus – qui change de direction selon la direction du regard.
    Ce test est plus simple. Il suffit de demander au patient de suivre notre doigt de gauche à droite, jusqu’aux extrémités de ses champs visuels. Si la direction du nystagmus change selon la direction du regard (nystagmus à droite si patient regarde à droite et nystagmus à gauche si le patient regarde à gauche), on diagnostique alors une cause centrale (92% spécifique).

    3) Test of Skew – test de l’écran
    Il s’agit d’un simple test “cover – undercover”, où l’on couvre de la paume de la main, en alternance, l’oeil droit puis l’oeil gauche du patient. Un oeil qui doit se réajuster de manière verticale à ce test signe une cause centrale.

    • Exemples de Test of Skew (test de l’écran) pathologique:
    www.youtube.com/watch?v=zgqCXef-qPs ouhttps://www.youtube.com/watch?v=-J170K7VAdA

    Bref, si un de ses 3 tests du HINTS pointe vers une cause centrale, le patient demande une évaluation intra-hospitalière et une consultation en neurologie. L’acrononyme pour se souvenir de ce que représente un HINTS pathologique est le suivant :

    INFARCT = Impulse Normal / Fast-phase Alternating/ Refixation on Cover Test

    Et croyez-le ou non, 15-20% des patients avec un AVC postérieur auront une résonnance magnétique cérébrale normale dans les premiers 48 heures. Le test du HINTS était alors plus sensible que l’IRM pour les présentations récentes !!! (Newman-Toker DE, et al. HINTS outperforms ABCD2 to screen for stroke in acute continuous vertigo and dizziness. Acad Emerg Med 2013; 20:986.)

    D’ailleurs, nous n’avons pas encore parlé du scan cérébral. La tomodensitométrie est un outil épouvantable pour déceler une lésion au niveau du tronc cérébral ou du cervelet, ne révélant que de 10 à 40 % des infarctus postérieurs, selon les études. Bref, il semblerait que nous n’ayons pas le choix d’appliquer un questionnaire ciblé et l’examen physique complexe (dont le HINTS), pour se sortir de cette impasse. Il n’y a pas de test magique…

    Après plusieurs mois d’essais, je dois dire que l’interprétation du test du « Head Impulse » est difficile… Dans les études originales, les examinateurs étaient des experts dûment formés. Nous n’avons pas de donnée pour valider la sensibilité et la spécificité en première ligne ou dans nos départements d’urgence. En attendant, j’essaie d’appliquer les trois tests du HINTS à chaque fois que j’évalue un patient avec vertiges persistants / constants, avec nausée ou vomissements, instabilité à la marche et nystagmus. Et je me garde de faire un HEAD IMPULSE aux patients avec vertiges transitoires… le Dix-Hallpick est le test de choix lorsqu’on suspecte un VPPB.

    Si vous êtes perdu, c’est normal !!!! Il vous faudra peut-être regarder les vidéos ci-haut plusieurs fois, et chercher d’autres sources, afin que le tout fasse peu à peu du sens.

    Décourageant ? Un peu, certes. Car à un sujet complexe comme le « patient étourdi », se greffe désormais une batterie de tests somme toute assez ardue au premier abord. De savoir cependant qu’avec expérience et entraînement, ces outils pourraient devenir aussi sensibles qu’un examen par résonance magnétique… je suis prêt à leur donner le bénéfice de doute, et à continuer de parfaire ma technique.

    Je retiens donc, afin d’exclure un vertige d’origine central, chez un patient constamment étourdi:

    – Toujours questionner les 4 D et porter une attention particulière à l’instabilité assise, aux facteurs de risques cardiovasculaires
    – Faire un examen neuro complet, incluant les Babinski
    – Faire les 3 tests du HINTS
    o Head Impulse (normal = pathologique)
    o Nystagmus (qui change de direction = pathologique)
    o Test of Skew (ajustement vertical au test de l’écran = pathologique)
    – Ne pas faire de scan cérébral qui est très peu sensible si suspicion de cause centrale, l’IRM est l’examen requis
    – Ne pas faire de Dix-Hallpick au patient qui est constamment étourdi (on réserve ce test au patient avec vertiges intermittents, avec tableau de VPPB)
    – Si incertain, demander de l’aide !!

    En espérant que cela vous donnera «hâte » d’aborder votre prochain patient étourdi…

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

    Références:

    Résumé du HINTS en présentation orale par un IPS :https://www.youtube.com/watch?v=fBBrwVLjSqA

    Présentation du test HINTS par le Dr. Newman-Toker lui-même :http://www.kaltura.com/…/274…/entry_id/0_b9t6s0wh/embed/auto?

    Boring EM – site anglophone qui présente sur le même sujet :
    http://boringem.org/…/…/11/boring-question-dizzy-need-hints/

    Étude déjà citée plus haut sur l’examen HINTS:
    Newman‐Toker, D. E., Kerber, K. A., Hsieh, Y. H., Pula, J. H., Omron, R., Saber Tehrani, A. S., … & Kattah, J. C. (2013). HINTS outperforms ABCD2 to screen for stroke in acute continuous vertigo and dizziness. Academic Emergency Medicine, 20(10), 986-996. Link

    Approche du patient étourdi selon la qualité des symptômes, avec diagnostique différentiel complet :

    http://www.lemieuxbedard.com/emc/files/Etourdissements_Syncopes.pdf