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  • Étude REVERT

    Étude REVERT

    Étude REVERT – une autre manœuvre de Valsalva « modifiée » pour terminer les tachycardies supra-ventriculaires (TSV) – étude randomisée cette fois !
    Nous avions discuté début août d’une étude de cas où d’allonger rapidement le patient à partir de la position assise permettait de terminer efficacement les tachycardies supra-ventriculaires (TSV). Je partage aujourd’hui une étude de plus grande envergure et de meilleure qualité, parue récemment dans la revue The Lancet, qui reprend une variation du thème. En effet, cette étude randomisée contrôlée réalisée chez 433 patients dans 10 départements d’urgence en Angleterre s’est penchée sur une nouvelle méthode de Valsalva « modifiée » pour traiter les TSV. Voici la méthode étudiée :

    – le patient assis à 45 degrés dans la civière devait souffler contre une valve fermée pendant 15 secondes (Valsalva usuelle)
    – puis, à la fin de l’expiration, s’allonger rapidement sur le dos
    – par ailleurs, un membre du personnel élevait rapidement les membres inférieurs du patient à 45 degrés, une fois le patient en décubitus dorsal, pour 15 secondes supplémentaires

    Le groupe contrôle (groupe « placebo ») ne soufflait que 15 secondes contre la valve fermée sans changement de position, donc une méthode de Valsalva « traditionnelle ». Pour s’assurer que les patients « forçaient » adéquatement lors de la méthode de Valsalva, un manomètre enregistrait la force d’expiration et le personnel s’assurait d’une durée adéquate de 15 secondes pour la manœuvre. Étaient inclus les patients de plus de 18 ans en TSV (QRS fin), qui étaient stables. On a cependant exclus les cas de FA rapide ou de flutter, les patientes enceintes et les patients avec contre-indications à pratiquer une manœuvre de Valsalva (sténose aortique, infarctus récent, glaucome, rétinopathie). Si la manœuvre de Valsalva échouait au premier essai, on accordait un deuxième essai à tous les patients, avant de juger la méthode inefficace.

    Les résultats sont étonnants : la méthode de Valsalva « modifiée » où le patient était ensuite allongé rapidement avec les jambes dans les airs a permis de terminer l’arythmie chez 43 % des patients, versus seulement 17% chez les patients avec la méthode de Valsalva « traditionnelle » (Number needed to treat – NNT de 3.8). Il n’y a pas eu d’effets indésirables majeurs rapportés dans l’un ou l’autre des groupes.

    Cette étude randomisée ajoute donc des données de « meilleure qualité » à notre étude de cas discutée auparavant en août. Les auteurs ajoutent que le manomètre n’est pas essentiel : ils suggèrent comme alternative de faire souffler le patient 15 secondes dans une seringue de 10 cc « juste assez pour faire reculer le piston », avant de procéder au changement positionnel (allonger le patient puis élever les membres inférieurs pour 15 secondes). On pourrait même remettre au patient une seringue de 10 cc pour utilisation à la maison, si récidive, afin d’éviter une visite à l’urgence. Il est à noter que d’autres études ont évalué le succès de la manœuvre de Valsalva « traditionnelle » : elle ne terminerait la TSV que chez 5 à 20% des patients…
    Cette nouvelle manœuvre avec changement positionnel semble doubler nos chances de succès.
    Voilà donc une autre arme prouvée efficace par les données probantes, non-dispendieuse et sécuritaire, dans notre arsenal de traitement de la TSV. Que vous ayez des résultats positifs ou négatifs lors de votre prochain cas, vous pouvez commenter.
    Bonne fin de semaine,
    Dr. Frédéric Picotte
    Médecin de famille

    Andrew Appelboam et al. REVERT trial. The Lancet.
    Publié le 25 Août 2015.
    http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(15)61485-4

  • « Les 10 commandements de la réanimation en traumatologie »

    En ce début du Festival Western de St-Tite, je partage une ressource de R.E.B.E.L. EM, par le Dr. Chris Hicks, patron et « team leader » en traumato au St. Michael’s Hospital de Toronto. Dans ses 10 commandements, vous y retrouverez les concepts du contrôle du saignement chirurgical prioritaire (surgical source control), de l’hypotension permissive, de l’importance de l’utilisation de produits sanguins « balancés » (qui est plus facilement réalisable avec un protocole de transfusion massive), de la prudence avec le normal salin et de l’utilisation rapide d’1 g d’acide tranexamique (Cyklokapron) IV chez tous les patients avec suspicion de saignement traumatique. On parle aussi du suivi du fibrinogène et des marqueurs d’efficacité pour évaluer prospectivement la réanimation… tout cela bien appuyé par des données probantes.

    Ce résumé permet de couvrir rapidement les tendances et données actuelles, et de voir ce qui se fait dans nos centres tertiaires canadiens en traumato.

    http://rebelem.com/ten-trauma-resuscitation-commandments/
    Bon Festival, spécialement à tout le personnel de notre urgence à Shawinigan wink emoticon,
    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

  • ECG nécessitant une coro rapide

    ECG nécessitant une coro rapide

    Vous trouverez ci-bas un lien vers un excellent résumé d’ECG nécessitant une coro rapide… Quoique malheureusement en Anglais. Vous retrouverez plusieurs thèmes déjà discutés sur Docs d’urgence… Bref, une petite révision, qui pourrait sauver une vie !

     

    http://www.tamingthesru.com/blog/grand-rounds/stemi

    N.B: vous avez reconnu en haut l’ECG d’un BBG avec critère de Sgarbossa + en V2.

  • Une nouvelle technique « vagale » pour terminer les tachycardies supraventriculaires (TSV)

    Une nouvelle technique « vagale » pour terminer les tachycardies supraventriculaires (TSV)

    Cette étude de cas publiée récemment dans le American Journal of Emergency Medicine décrit une nouvelle technique vasovagale pour terminer rapidement les TSV chez des patients stables : il suffit de dire au patient de se coucher rapidement sur le dos à partir d’une position assise.

    « Briefly, patients with palpitations sit on a comfortable surface. After that, they move to the supine position for 1 to 2 seconds without assistance. While in the supine position, the patient should be instructed to breathe slowly and deeply. »

    Cette méthode aurait permis de terminer l’arythmie chez 5 patients, qui n’avaient pas répondu aux manœuvres traditionnelles du massage carotidien ou de Valsalva.

    Il est évident qu’il faudra plus de cinq cas pour prouver un effet « réel » de cette nouvelle méthode. En attendant, d’asseoir un patient en TSV et de lui demander de s’allonger rapidement sur le dos ne présente pas d’effets indésirables et nécessite très peu de ressources. Tenez-moi au courant si la technique a été efficace pour vous, chez votre prochain patient en TSV!

    Bonne semaine,

    Dr. Frédéric Picotte

    Médecin de famille

    Un H et al. Novel vagal maneuver technique for termination of supraventricular tachycardias. Am J Emerg Med. 2015 Jun 3. pii: S0735-6757(15)00449-0. doi: 10.1016/j.ajem.2015.05.028.

  • ECG à risque –  un seul coupable…

    ECG à risque – un seul coupable…

    ECG à risque, un seul coupable…

    Voici un cas d’ECG plus atypique qui vient du site ECG weekly…

    1) Homme de 45 ans avec DRS « sous forme de brûlure » avec nausées et vomissements

    DX ?

    Cet ECG et ceux en bas ont été présentés dans le vidéo du 22 juin 2015 par Dr. Amal Mattu, sur son site http://ecgweekly.com/. Cette semaine-là, Dr. Mattu faisait une série d’ECG en rafale pour ses résidents en médecine d’urgence, qui s’apprêtaient à débuter leur carrière comme médecin-patron. Il a donc rassemblé une série de cas « d’exception » à haut risque d’erreur diagnostique, pour rappeler à ses étudiants l’importance de rester vigilants. Je vous invite à écouter ces capsules très pertinentes, mais qui sont malheureusement seulement en anglais. Le coût est de 1$ pour une semaine d’essai, de 3$ pour un mois et de 26$ pour un abonnement d’un an… si vous êtes confrontés souvent aux ECG dans le cadre de votre travail, c’est un bon investissement.

    Durant les derniers mois, nous avons révisé plusieurs cas d’ECG avec surélévation du segment ST. Le DDX inclus : ischémie (STEMI), embolie pulmonaire, Brugada, péricardite, repolarisation précoce, anévrysme du ventricule, HVG, Takosubo, vasospasme coronarien, hypercalcémie… et l’hyperkaliémie ! Comme dirait Dr. Mattu, la « syphilis de l’ECG »…

    En médecine traditionnelle, on enseignait que la syphilis pouvait se présenter avec une myriade de symptômes : on l’appelait « la grande imitatrice ! » Une belle façon de dire qu’il fallait toujours considérer la syphilis dans le diagnostic différentiel, tant les symptômes de consultation pouvaient être non-spécifiques et variés avec cette maladie. C’est exactement le cas du potassium pour l’ECG. La plupart des médecins connaissent bien les signes classiques de l’hyperkaliémie :

    – Ondes T pointues, en forme de « tour Eiffel »
    – Élargissement du QRS
    – Prolongation du PR
    – Aplatissement puis perte des ondes P
    – QRS d’allure sinusoïdale

    Mais l’hyperkaliémie peut aussi causer d’autres anomalies moins connues…

    – Tachycardie
    – Bradycardies bizarres, pauses, blocs AV
    – Changements des segments ST, bloc de branche

    L’ECG en haut démontrait en effet des ondes T hautes et pointues, symétriques… De forme « tour Eiffel » ou « du genre qu’on ne voudrait pas tomber assis dessus ! »… on note aussi le segment ST surélevé, en V1-V2… qui rappelle un syndrome de Brugada (cf cas du 22 mai sur Docs d’urgence). Dans ce cas précis cependant, le médecin a remarqué les ondes T pointues… l’histoire était certes atypique, et il n’a pas tout de suite conclus à un STEMI septal… il a demandé un potassium en urgence qui est revenu à 7.2. Vous trouverez en pièce jointe l’ECG réalisé post-traitement de l’hyperkaliémie, avec une normalisation rapide des ondes T pointues et des anomalies du segment ST.

    On pense à tort que l’hyperkaliémie entraînera une élévation diffuse des segments ST, qu’il est impossible que ce soit ainsi localisé à deux dérivations. Cet exemple démontre bien que l’hyperkaliémie peut vraiment « tout imiter », même des changements restreints à quelques dérivations, comme on en voit habituellement dans un STEMI ou avec le syndrome de Brugada. Évidemment, ce cas marque l’exception plutôt que la règle… mais il nous rappelle de garder l’œil ouvert pour des ondes T pointues qui pourraient parfois nous orienter dans une nouvelle direction, selon l’histoire et le degré de suspicion d’un diagnostic alternatif.

    Dans le doute, et selon la sévérité du cas, une ou deux ampoules de gluconate de calcium et de bicarbonate pourraient mener plus rapidement au diagnostic, en corrigeant rapidement les changements notés à l’ECG.

    Vous verrez en bas d’autres cas d’hyperK:  la bradycardie « bizarre »…  on remarque qu’il n’y a pas d’onde P… on voit aussi le rythme irrégulier et les pauses… eh oui ! Encore un cas d’hyperkaliémie à 8.5! La grande imitatrice frappe encore ! Lorsque le patient ne répond pas au traitement par pacemaker externe ou que l’ECG est vraiment « bizarre », considérer un traitement empirique de l’hyperkaliémie…

    Je vous laisse écouter le Dr. Mattu dans sa capsule du 22 juin pour l’explication complète de ces cas…

    Espérant que cela vous donnera le goût de regarder les capsules vidéos hebdomadaires de ECG weekly. Et n’oubliez pas le tueur en série que peut être le potassium, et « imitateur » par surcroît… wink emoticon

    Bon weekend,

    Dr. Frédéric Picotte

    Médecin de famille

    http://ecgweekly.com/

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  • Patient en FA ACO, de plus en plus dyspnéique

    Patient en FA ACO, de plus en plus dyspnéique

    Homme de 64 ans connu FA anticoagulé, HTA/DLP, SAHOS traité, obésité classe 1, qui présente avec dyspnée x qq semaines, augmentée ++ x 3 semaines. Dyspnée au moindre effort. Présente aussi douleurs thorax vagues intermittentes, peu sévères. Pas lien franc effort. Pas DPN/orthopnée. . Ta 114/74 FC environ 100-110 irrég, sat 94% aa. Auscultation pulmonaire claire, pas de crépitants. Subtil OMI. Dx ? Examen ?

    Le patient présentait surtout un tableau de dyspnée ; les douleurs thoraciques sans irradiation ni lien avec l’effort, non crescendo, semblaient « secondaires » à l’histoire. J’ai tout de suite pensé à l’insuffisance cardiaque avec surcharge pulmonaire, mais l’auscultation claire, la saturation et le rayon-X des poumons allaient contre ce diagnostic. L’embolie pulmonaire n’était pas exclue, certes, mais moins probable compte tenu la prise de rivaroxaban chez ce patient avec FA. À l’ECG, on voit évidemment la FA un peu rapide et le rythme irrégulier, sans changements convaincants du ST, même si la dérivation D2 était un peu limite… je ne pouvais néanmoins éliminer un SCA, et j’ai donc demandé le bilan cardiaque STAT et effectué des ECG sériés, pour déceler une possible progression de ce côté. La troponine est revenue normale, et les ECG subséquents étaient comparables. Cependant, en regardant de plus près, on prend conscience que le patient présente une faible amplitude des QRS, ie un micro-voltage…

    En effet, par définition, les critères de faible amplitude du QRS (micro-voltage) :

    • Amplitude QRS de I + II + III < 15 mm (ici environ 4 + 5 + 2 = 11 mm) ou
    • Amplitude QRS V1+V2+V3 < 30 mm (ici environ 3 + 3 + 6 = 12 mm)

    Nous avions donc affaire à une faible amplitude du QRS, chez un patient un peu tachycarde, qui prenait par ailleurs des béta-bloqueurs… il était dyspnéique, avec une auscultation normale… J’ai donc effectué une ÉDU au chevet qui a révélé un volumineux épanchement péricardique. Le pouls paradoxal du patient était d’environ 20 mm Hg. Nous avons posé le diagnostic de tamponnade et référé le patient au cardiologue pour une ponction rapide.

    Le diagnostic différentiel du bas voltage des QRS peut provenir de deux sources :

    • Faible intensité du « courant » cardiaque ( tel que rencontré parfois dans l’hypothyroïdie sévère, les maladies infiltratives cardiaques (amyloïdose, sarcoïdose) ou chez les cardiomyopathies sévères)
    • Faible courant « perçu par électrodes », diminué secondairement à un isolant (comme par exemple, chez le patient obèse, avec emphysème, ou chez le patient avec effusion péricardique ou pleurale)

    En résumé, on devrait toujours envisager un épanchement péricardique chez le patient tachycarde avec micro-voltage à l’ECG, surtout si le patient présente aussi une dyspnée avec une auscultation claire.

    On pense souvent à l’embolie pulmonaire chez le patient tachycarde avec auscultation claire et dyspnée… l’ECG pourra vous aider à élever votre suspicion d’une possible tamponnade, quoique plus rare. L’ÉDU sera vraiment votre meilleur allié ensuite, dans ces cas-là. Nous serons probablement exposés plus souvent à cette pathologie, vu la population vieillissante et sa prévalence plus élevée d’insuffisance rénale avancée, de néoplasie et d’anticoagulants. Je pense qu’il est d’autant plus important de considérer le diagnostic si on songe à débuter l’héparine IV, car le diagnostic différentiel chez ces patients inclus souvent l’embolie pulmonaire ou l’angine instable…
    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

  • MCAS avec DRS intermittentes

    MCAS avec DRS intermittentes

    Homme de 82 ans connu MCAS avec DRS intermittentes depuis 48 heures, devenues constantes depuis la matinée, avec dyspnée à l’effort et asthénie. Patient reporte selles noires abondantes depuis quelques jours au questionnaire. TA 110/60. FC 105. Sat 96%. L’ECG est demandé. Dx ? Prise en charge ?

    Réponse :
    Effectivement, vous avez bien vu! Merci pour votre participation. L’ECG démontre :
    – Sous-décalages diffus… (en latéral V4-V5-V6 et en DI ainsi qu’en inférieur DII et aVF)
    – Un sus-décalage du ST en aVR (le fameux « forgotten lead »)
    – …chez un patient avec DRS active et présomption de SCA

    Cette combinaison de sous-décalages diffus avec ST surélevé en aVR chez un patient avec DRS active est fortement suggestive d’une sténose critique du tronc commun, avec souffrance myocardique étendue. Elle doit être perçue comme une angine instable à très haut risque qui demande une approche invasive par coro diagnostique urgente, qui sera souvent suivie d’un pontage rapide. L’histoire du patient ci-haut représentait toutefois un élément « perturbateur » : les selles noires… On sait qu’il est possible pour un patient cardiaque d’éprouver de l’angine qui n’est pas dû à une plaque instable, mais à une cause secondaire qui vient rendre insuffisant l’apport en oxygène au niveau myocardique. On peut rencontrer ce tableau avec une anémie sévère aiguë ou une augmentation de la demande physiologique (sepsis, post-opératoire, crise hypertensive sévère, etc.) Dans ce contexte, l’ischémie cardiaque ne résulte pas d’une coronaire complètement occluse, mais bien d’une autre cause qui demande un plus grand travail au muscle cardiaque, et ainsi entraîne de la souffrance myocardique. Le patient était pâle, les extrémités froides… le toucher rectal démontra du méléna. Nous avions probablement affaire à une hémorragie digestive haute avec anémie et SCA secondaire. Le patient prenait déjà de l’aspirine, et il a été décidé d’attendre avant d’ajouter une bithérapie antiplaquettaire et de l’héparine. On alla plutôt vers la transfusion de culots et les bilans STAT. L’hémoglobine est revenue à 60. Le patient fut rapidement transfusé 3 culots, en plus du Pantoloc IV, avec résolution rapides des DRS, et normalisation de l’ECG. Le patient a ensuite été admis pour investigation du saignement digestif par gastroscopie et pour une coro semi-urgente.

    Le sus-décalage en aVR dans un contexte de syndrome coronarien aigu avec DRS active est une manifestation reconnue d’une lésion critique sur le tronc commun avec une augmentation de la morbidité / mortalité associée. Elle demande donc une approche diagnostique rapide avec une coro urgente. Il faut cependant savoir que ces changements à l’ECG peuvent aussi être causés par une souffrance sous-endocardique diffuse, dans un contexte « secondaire », tel que discuté ci-haut. C’est d’ailleurs cette cause qui apparaissait la plus probable dans le cas présenté, vu l’histoire de saignements digestifs. Finalement, on peut retrouver des ST abaissés diffus avec une élévation du ST en aVR chez les patients souffrant de tachycardie supraventriculaire (TVSP); on sera rassuré si les changements se résolvent avec la correction de la fréquence, mais on doit tout de même rester vigilant avec ces patients, qui peuvent avoir une maladie du tronc sous-jacente (la TSVP ayant servie de « stress test » comme l’aurait fait un tapis-roulant, en démasquant une lésion à risque)…

    En bref, abaissement diffus des segments ST et sus-décalage en aVR > 1 mm chez un patient avec DRS / symptômes de SCA actifs :

    – Haute probabilité de lésion critique sur le tronc commun – coro urgente à discuter avec cardiologue d’intervention (éviter en attendant le Plavix et le ticagrelor, car ces patients finiront souvent en pontages urgents)
    – Peut aussi être causé par anémie, hypoxie sévère, urgence hypertensive, post-ressuscitation ou TSVP – corriger cause et selon suspicion, stratification semi-urgente à envisager ensuite, idéalement par coro.
    La dérivation aVR demande donc un « respect certain ». Néanmoins, elle peut être le simple signe d’un NSTEMI de type II avec souffrance sous-endocardique diffuse où la clé est de traiter la cause… ce cas me rappelle l’importance de questionner les symptômes de méléna ou saignements digestifs pour tous les SCA, avant de lancer notre armée d’anticoagulants. Dans ces cas d’exception, une hémoglobine urgente peut faire toute la différence.

    Espérant le tout utile,

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

    http://lifeinthefastlane.com/ecg-library/lmca/

  • Choosing Wisely Canada pour l’urgence !

    Choosing Wisely Canada pour l’urgence !

    Vous trouverez au lien ci-bas les 5 tests non-recommandés au département d’urgence, selon l’organisme Choosing Wisely. Cet organisme a pour but de rationnaliser les tests diagnostiques, afin de diminuer le surdiagnostic et les coûts pour le système de santé. Chaque spécialité forme un comité d’experts et décide quels tests sont demandés trop souvent ou futiles, dans certaines situations cliniques. Vous trouverez donc les recommandations pour l’urgence, datant du 2 juin 2015.
    http://www.choosingwiselycanada.org/rec…/emergency-medicine/

  • DRS sous forme de pression avec vomissements

    DRS sous forme de pression avec vomissements

    Patiente de 63 ans qui présente en pleine nuit avec DRS sous forme de pression qui l’a réveillée. Irradiation cou/dos/épaules x 2. Sueurs, vomissements, souffrante. Patiente a le teint pâle, TA 100/54, FC41. Dx ? Conduite à tenir ?

    Vous aurez reconnu l’ECG de l’entête du site. La meilleure façon de manquer un diagnostic est d’en poser un autre… Avec l’histoire ci-haut, l’œil est tout de suite attiré par les signes d’ischémie et le STEMI inférieur avec les changements réciproques associés en latéral (image miroir en aVL, I, D5, D6). Cependant, la bradycardie ici justifie une attention particulière au rythme sous-jacent. Peut-être que la patiente est simplement « vasovagale », mais il faut en être certain… Les ondes P ici sont loin d’être évidentes. Comme on le voit en portant une attention soutenue au tracé, il semble y avoir des ondes P qui ne sont pas conduites… c’est plus évident en D2. Nous avons donc affaire à un bloc du 2e ou du 3e degré… Il faut donc sortir le compas et tenter de poser le diagnostic, malgré des ondes P difficile à cerner sur la bande de rythme… d’ailleurs, l’infirmière m’avise que la pression vient de chute à 85/45. Le bolus de salin est en cours… J’utilise habituellement V1 pour mieux visualiser les ondes P. Dans cet ECG toutefois, D2 aurait probablement été mieux approprié, mais le temps presse… Avec un compas et beaucoup de patience, on arrive à déceler les ondes P et leur régularité sur le tracé…

     

    (cf photo ECG annoté :  les lignes bleues représentent les ondes P)

     

    Pour faire le dx, on doit ensuite s’attarder à l’intervalle PR : ici, le segment PR (voir ECG ici haut, les PR sont annotés en rouge) demeure constant… il n’allonge pas de façon progressive et ne varie pas de manière aléatoire non plus. Le diagnostic est donc un bloc AV du 2e degré de type Mobitz II, causé par un STEMI inférieur et atteinte du cœur droit (voir le ST légèrement surélevé en V1 avec ST abaissé en V2). Donc, en plus d’éviter à tout prix la nitro chez cette patiente comme beaucoup d’entre vous l’ont souligné, je dois planifier la thrombolyse et aussi un pace endoveineux, si la patiente demeure symptomatique après le traitement de l’ischémie et les bolus. Nous avons donc procédé à la thrombolyse. La patiente demeurait souffrante et asthénique, avec des tensions limites. Quelques minutes plus tard, la patiente a présenté un épisode de torsade de pointes et a été défibrillée avec succès. Il n’y a pas eu de récidive avec le Mg, la dopamine (le traitement de la brady diminue les chances de récidive) et finalement le pace endoveineux (le pace externe captait mal et rendait la patiente souffrante… je serais d’ailleurs curieux de connaître votre expérience avec le pace externe, lorsqu’il est nécessaire et en attente d’un traitement définitif… je ne peux pas dire que ça marche toujours bien). Le transfert vers Montréal s’est fait sans incident ensuite. La coro a révélé la sténose sur la coronaire droite.

    Ainsi, lors de la lecture rapide de l’ECG, il est important de demeurer systématique et de ne pas perdre de vue le détail dans l’énormité d’une autre trouvaille.

    Pour résumé, voici mon approche lorsque le patient est bradycarde avec « trop d’ondes P pour le nombre de QRS » et que je songe à un bloc AV :

    1) Trouver les ondes P (idéalement en V1, parfois en D2) et mesurer leur régularité avec un compas (vérifier qu’il n’y en a pas d’ondes P cachées à mi-chemin entre deux onde P évidentes… il faut parfois être très perspicace comme dans cet ECG)
    2) S’assurer que l’intervalle entre les ondes P est constant. Si une onde P arrive « trop tôt » et qu’elle n’est pas conduite, il ne s’agit pas d’un bloc AV, mais plutôt d’une simple ESA bloquée. Pas besoin de pace ou de réveiller votre consultant alors !! Si l’intervalle entre les P est constant et qu’un P n’est pas conduit, il s’agit alors d’un bloc AV du 2e ou du 3e degré…
    3) Regarder l’intervalle PR pour poser le dx final
    a. Intervalle PR augmente progressivement ad une onde P non-conduite – bloc AV 2e de type Mobitz I
    b. Intervalle PR est constant – bloc AV 2e de type Mobitz II
    c. Intervalle PR varie de manière complètement aléatoire, sans régularité / pattern – Bloc AV 3e degré.

    En espérant ce résumé utile,
    merci pour votre intérêt et vos réponses,

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille

  • Étude AVOID – «Trop d’oxygène c’est comme pas assez !»

    Étude AVOID – «Trop d’oxygène c’est comme pas assez !»

    J’ai déjà commenté le 26 décembre dans mon top 10 des études de 2014 quelques données démontrant des effets pervers de l’oxygène chez nos patients. Le 22 mai, un article paru dans la revue Circulation vient encore une fois nous mettre en garde contre la surexposition à l’oxygène chez les patients en infarctus STEMI. En effet, cette étude randomisée-contrôlée a étudié l’administration d’oxygène 8 L/min versus pas d’oxygène du tout chez 441 patients avec DRS en STEMI qui présentaient tous une SATURATION NORMALE (>94% à l’air ambiant). L’idée de donner de l’oxygène à nos DRS plait à l’esprit : le muscle cardiaque est ischémique, un peu d’O2 dans le nez ne saurait nuire… pas vrai ? L’oxygène était débuté dans le groupe placebo seulement si la saturation de ces patients descendait en bas de 94%, ce qui s’est produit chez 7.7% des patients de ce groupe.

    Les patients ont été suivis plus tard par résonance magnétique cardiaque. Les résultats sont étonnants : à 6 mois post-infarctus, les patients ayant reçu des hautes doses d’oxygène présentaient une taille de la cicatrice du muscle cardiaque plus grande (20.3 g versus 13.1 g , p=0.04). De plus, même s’il n’y avait pas de changement dans la mortalité, les patients traités avec oxygène supra-thérapeutique ont eu plus de récurrence d’infarctus intra-hospitalier (5.5 % vs. 0.9%, p = 0.006), d’arythmie (40.4% vs. 31.4%, p = 0.05), et d’événements cardiaques indésirables à 6 mois (21.9% vs. 15.4%, p = 0.08)…

    Évidemment, on ne met pas une lunette nasale à 8L/min à nos patients en DRS, s’ils saturent normalement… difficile de dire donc si la fameuse lunette à 2L/min qu’on place à tous nos patients en DRS est aussi délétère. Néanmoins, cette étude s’ajoute à toutes les autres démontrant un risque potentiel de l’oxygène en dose supra-thérapeutique. Saturer > 94 % semble bien raisonnable pour nos patients en infarctus…

    La prochaine fois, pensons-y deux fois avant d’installer une lunette nasale « de routine » pour toutes nos DRS… Et ça rend les narines moins sèches ! wink emoticon

    Bonne semaine,

    Dr Frédéric Picotte
    Médecin de famille
    Stub et al. Air Versus Oxygen in ST-Segment Elevation Myocardial Infarction. Circulation. 2015 May 22. Étude AVOID
    www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26002889